L’Union européenne (UE), modèle pour les États-Unis? : l’«effet Bruxelles» et la lutte aux géants du numérique (2021-2023)
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- On assiste depuis 2020 à une riposte politique concertée et sophistiquée contre les Big Tech et leurs dérives. Plusieurs dirigeants mondiaux, de Bruxelles à Canberra, tentent de rependre contrôle de leur environnement numérique – et par le fait même de leur marché – en assujettissant ces grandes entreprises du numérique à des lois rigoureuses en matière de concurrence, de modération des contenus en ligne et de respect de la vie privée. Après avoir fait preuve pendant longtemps de permissivité et de laisser-aller face à la montée en puissance des Big Tech, les décideurs politiques occidentaux sont aujourd’hui beaucoup plus interventionnistes et incisifs envers ce qu’ils perçoivent être une domination de multinationales – américaines pour la plupart – qui nuisent à la concurrence et à la démocratie. Ce changement de paradigme dans la régulation du numérique soulève des enjeux importants quant à l’origine de cet élan politique contre le pouvoir des Big Tech ainsi qu’à sa diffusion. D’où provient-il? Comment ce cadre réglementaire centré sur le triptyque des contenus (content), des données (data) et du pouvoir de marché (market power) s’est-il façonné et propagé? À partir d’une étude de cas des projets de réformes américains dans le secteur du numérique depuis le début de la présidence de Joe Biden (2021-2023), notre mémoire démontre que ce récent élan transatlantique s’explique en partie par l’activation d’un «effet Bruxelles» de jure – entendu ici comme l’effet de contagion du modèle réglementaire européen avec sa capacité normative à influencer le reste du monde – et de ses réverbérations (Bradford 2020).