L’usage générique de la forme grammaticale masculine, en langue française, restreint-il le sentiment d’efficacité personnelle des filles de 5 à 10 ans ?
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- Dans une langue genrée comme le français, la forme grammaticale masculine, lorsqu’elle est utilisée pour décrire des groupes mixtes d’humains ou des noms de rôles sociaux et métiers, favorise des représentations mentales de personnes de sexe masculin – celles-ci étant à la fois plus nombreuses et plus directement accessibles – et rendent donc moins visibles la présence notamment de femmes dans ces groupes. De nombreuses études ont questionné l’invisibilité des femmes dans la langue française et ont proposé des alternatives pour les visibiliser. Certaines de ces règles de communication font d’ailleurs l’objet de prescriptions législatives comme la féminisation des fonctions, métiers, titres et grades . Pourtant, en 2022, le masculin continue de régir nos communications. Dans ce mémoire, je cherche à savoir si l’emploi de la forme grammaticale masculine à valeur générique, en français, dilue le champ des possibles des filles de moins de 11 ans et si cette forme de langage leur transmet le référentiel d’un monde dans lequel elles sont ou seront absentes, même partiellement. Je questionne donc la manière dont le langage peut influencer la volonté d’agir, le pouvoir d’agir et la capacité d’agir des femmes. Par-là, je souhaite montrer l’impact de la langue sur les mécanismes de développement de l’enfant permettant de construire ses attitudes et ses représentations sociales. De manière empirique, j’analyse l’impact du langage sur la volonté d’action des enfants, et spécifiquement des filles, pour l’organisation concrète d’un jeu en contexte scolaire. Deux formes grammaticales alternatives au masculin sont proposées pour décrire ce jeu : d’une part les doublets féminin/masculin et d’autre part une formulation épicène non-binaire. L’hypothèse formulée est que ces formes alternatives vont encourager les filles à se sentir d’avantage concernée par l’activité ainsi décrite et les pousser à s’y investir. L’expérimentation a eu lieu dans une école fondamentale belge francophone avec un échantillon de 186 enfants de 3ème maternelle, 3 et 4ème primaire. 9 classes ont ainsi testé les différentes formulations langagières. Les résultats montrent que quelle que soit la forme langagière utilisée pour décrire l’activité, la participation des enfants est très grande. Les filles participent massivement à l’activité tandis que les garçons semblent sous-participer si l’activité est présentée dans une formulation épicène non-genrée. Ces résultats laissent à penser que dans le contexte scolaire ainsi défini, les enfants et les filles en particulier se sont identifiées au discours. Les éléments de contexte ont, semble-t-il permis aux filles de comprendre l’activité au sens générique de la forme grammaticale masculine. Pour expliquer la réaction des garçons face à une formulation épicène, on peut émettre l’hypothèse qu’étant habitué à ce qu’on s’adresse toujours à eux au masculin, ils se soient senti moins concernés, voire peut-être troublés quand le langage se démasculinise. Les limites de cette approche empirique montrent l’importance de la description du contexte dans un discours qui permet de rendre la forme masculine non ambiguë au niveau de la représentation du genre. La littérature a, par contre, montré qu’en l’absence d’un contexte fort, le sens dominant qui est activé à la lecture du genre masculin est le sens spécifique, dans lequel le genre masculin réfère majoritairement aux hommes.