Témoignages littéraires d’expériences prostitutionnelles : quelle influence sur les débats féministes ? Une comparaison de La Maison d’Emma Becker et de La revuelta de las putas d’Amelia Tiganus
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- Notre travail cherche à répondre à la question suivante : quelle influence ont les témoignages littéraires de prostitution sur les débats féministes ? Pour ce faire, nous comparons deux ouvrages : La Maison d’Emma Becker et La revuelta de las putas d’Amelia Tiganus. Nous avons divisé notre travail en trois chapitres. Le premier a pour but de contextualiser le phénomène de prostitution en exposant ses différents facteurs et aspects. Ces sous-thématiques de la prostitution s’ancrent dans la grande division du débat politique et féministe du travail du sexe : le mouvement abolitionniste et la mouvance réglementariste. Les différents arguments repris par ces deux tendances sont donc présentés à travers ces différents sujets : les violences, le facteur migratoire, le consentement et la question du libre-arbitre, la notion de travail et la dimension économique. Les différentes réglementations européennes encadrant la prostitution sont également brièvement présentées afin de contextualiser les ouvrages analysés. Le deuxième chapitre de notre recherche porte sur le genre littéraire du témoignage. C’est dans cette catégorie littéraire que nous avons identifié les textes analysés. Il s’agit de témoignages d’expérience réelles, et de ce fait plusieurs perspectives entrent en jeu : la crédibilité du témoignage, le statut du témoin et la littérarité en font partie. Nous avons également analysé les différentes fonctions du témoignage, très différentes entre nos deux œuvres étudiées. Nous avons observé que ces fonctions remplissaient un objectif personnel ou bien s’inscrivaient dans une démarche collective. Une piste importante de notre recherche fût de constater que le genre testimonial s’élargissait récemment, en incluent des témoignages de phénomènes sociaux autres que les drames historiques qui l’ont vu naître. Le travail, et ici le travail du sexe, s’est imposé comme objet du témoignage littéraire. Enfin, notre troisième et dernier chapitre s’est intéressé à la marchandisation du corps féminin et aux idéologies qui entourent cette thématique. Nous avons exposé différents courants de pensée féministes centrés sur la question du corps, dont les courants matérialiste et écoféministe, et leurs liens avec nos ouvrages et leurs perspectives. Nous nous sommes également intéressés à la convergence des luttes, notamment entre le féminisme et le mouvement anticapitaliste, mais aussi avec la mouvance décoloniale. La perspective intersectionnelle s’est donc imposée dans notre analyse. Au centre de toutes ces idéologies, le corps des femmes et les différentes formes de contrôle par les différentes structures de domination sur celui-ci s’est découvert comme le nœud central de toutes ces thématiques et de nos questionnements. La prostitution, à travers les témoignages qu’en font Becker et Tiganus, représente la question du libre-arbitre et de la libre-parole par rapport à la sexualité des femmes. Nous avons observé que cette parole a souvent tendance à être censurée ou ignorée. Au-delà du débat moral sur la vente de ses services sexuels, la prise de parole des femmes sur leurs expériences sexuelles (positives ou négatives) représente donc une clé d’émancipation de celles-ci par rapport aux structures qui les oppriment. Cette notion d’agentivité a été au cœur de notre développement d’idées par rapport à cette émancipation par la prise de parole. C’est cette reconquête de l’agentivité des femmes par rapport à leur corps, à travers l’écriture, qui fût la conclusion et la clé de réponse à notre question de recherche. Nos deux ouvrages amènent de nombreuses perspectives et dimensions aux débats féministes, mais c’est leur essence de témoignage d’expériences corporelles de femmes qui en font un moyen de résistance aux structures de domination. Our work seeks to answer the following question: what influence do literary testimonies of prostitution have on feminist debates? To investigate this question, we compare two works: Emma Becker's La Maison and Amelia Tiganus's La revuelta de las putas. We have divided our work into three chapters. The first aims to contextualise the phenomenon of prostitution by setting out its various factors and aspects. These sub-themes of prostitution are rooted in the great division of the political and feminist debate on sex work: the abolitionist movement and the regulatory movement. The various arguments taken up by these two tendencies are therefore presented through these different subjects: violence, the migratory factor, consent and the question of free will, the notion of work and the economic dimension. The various European regulations governing prostitution are also briefly presented in order to contextualise the works analysed. The second chapter of our research deals with the literary genre of testimony. It is in this literary category that we have identified the texts analysed. They are testimonies of real experiences, and so several perspectives come into play: the credibility of the testimony, the status of the witness and literarity are among them. We also analysed the different functions of testimony, which are very different in our two works. We observed that these functions fulfilled a personal objective or were part of a collective process. An important aspect of our research was the observation that the testimonial genre has recently expanded to include testimonies of social phenomena other than the historical dramas that gave rise to it. Work, and in this case sex work, has become the subject of literary testimony. Finally, our third and last chapter looked at the commercialisation of the female body and the ideologies surrounding this issue. We set out several feminist currents of thought centred on the question of the body, including the materialist and ecofeminist currents, and their links with our works and their perspectives. We also looked at the convergence of struggles, particularly between feminism and the anti-capitalist movement, but also with the decolonial movement. The intersectional perspective thus became an essential aspect of our analysis. At the centre of all these ideologies, the women's body and the different forms of control over it by the various structures of domination emerged as the central node of all these themes and of our questioning. Through the testimonies offered by Becker and Tiganus, prostitution represents the question of free will and free speech in relation to women's sexuality. We have observed that this freedom of speech often tends to be censored or ignored. Beyond the moral debate on the sale of sexual services, women's ability to speak out about their sexual experiences (positive or negative) represents a key to their emancipation from the structures that oppress them. This notion of agency was at the heart of our development of ideas about emancipation through speaking out. It was this reclaiming of women's agency in relation to their bodies, through writing, that was the conclusion and the key to answering our research question. Our two books bring many perspectives and dimensions to feminist debates, but it is their essence as testimony to women's bodily experiences that makes them a means of resistance to structures of domination.