Articulation entre diplôme et profession : existe-t-il un déclassement ? Le cas de la Belgique francophone, et plus particulièrement de la Région wallonne
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- On parle de déclassement professionnel lorsqu’ « un jeune, entrant sur le marché du travail, occupe une profession dont le statut social est inférieur à celui auquel il pourrait en théorie (selon les normes sociales en vigueur) prétendre, du fait de son diplôme » (Centre d’observation de la société). La montée du chômage et l’inflation scolaire sont deux exemples de facteurs qui contraignent de plus en plus de jeunes à accepter des postes de niveau inférieur à leurs qualifications. Les difficultés d’insertion des jeunes sur le marché du travail sont le résultat d’un processus historique et plutôt récent. En effet, durant les Trente Glorieuses, ce problème ne se posait pas. C’est à la fin des années 70, à la suite de la crise pétrolière, que l’entrée sur le marché de l’emploi devient un problème de société. On assiste alors à la création d’un espace « postscolaire » (Dubar, 2001), intermédiaire entre l’école et le monde du travail, étape remplie d’incertitudes et qui ne cesse de s’allonger. C’est également à cette période qu’apparaissent les termes « flexibilité » et « compétences ». Les emplois devenant plus rares, on assiste à une sélectivité accrue de la part des entreprises. Bien que Marie Duru-Bellat, Pierre Biscourp et Eric Maurin ne soient pas entièrement d’accord à tout point de vue concernant la valeur actuellement attribuée aux diplômes, ils s’accordent sur un élément : ceux-ci sont devenus presque indispensables pour s’insérer sur le marché du travail et y rester. Marie Duru-Bellat (2006) affirme que, dû à l’inflation scolaire, les diplômes sont dévalorisés car le nombre de diplômés sur le marché du travail est plus important que le nombre de postes concordant à ceux-ci. Green et alii (2000), parlent de suréducation, traduite par « une situation qui caractérise un individu dont le niveau d’éducation dépasse celui normalement requis pour l’emploi occupé ». Biscourp relativise en soulignant que l’investissement scolaire reste rentable, dans la mesure où il permet d’obtenir un emploi plus rapidement, une meilleure position hiérarchique dès le premier poste et d’y rester de manière durable. Goux et Maurin le rejoignent autour de cette théorie en précisant que le diplôme est une protection efficace contre le déclassement professionnel en cours de carrière. Mais comment mesurer ce déclassement ? Le déclassement professionnel peut se traduire de différentes manières : une insertion difficile sur le marché de l’emploi, une précarité de celui-ci ou des périodes plus ou moins longues de chômage. D’autre part, il peut s’agir également d’un poste qui ne soit pas en adéquation avec le niveau d’étude ou qui ne mobilise pas l’ensemble des compétences. On parlera alors de surqualification ou suréducation. Le salaire, associé à ces postes, est aussi un synonyme de déclassement. Les titulaires d’un diplôme universitaire s’attendent à percevoir un revenu équivalent à leur investissement scolaire. Pour mesurer ces différents phénomènes, deux approches sont possibles : la première, objective, propose une évaluation des compétences techniques nécessaires à la réalisation des tâches et l’établissement de tables de correspondance entre emploi et formation, la deuxième étant d’ordre subjectif, s’appuie sur la perception du travailleur et son sentiment par rapport à son niveau de qualification.