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Le théâtre sur le front de l’Yser durant la Grande Guerre, ou quand il fut démontré que la coexistence d’une crise et de la liberté d’expression suffit à l’émergence d’une pratique théâtrale

(2022)

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La guerre de 14 – 18 fut l’occasion d’inventer et d’organiser tout un univers artistique sur le front de l’Yser. Malgré les privatisations, les souffrances et les peurs qu’endurèrent les soldats belges au front, ce lieu incertain et redoutable vit en effet naitre des troupes de théâtre aujourd’hui oubliées : l’une, le Théâtre de l’Armée de Campagne, exclusivement composée de soldats, et l’autre, le Théâtre Belge du Front, composée à la fois de soldats et de comédiens professionnels. De plus, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce théâtre sur le front de l'Yser n’était pas qu’un théâtre de divertissement, mais un théâtre qui poussait à la réflexion et entendait élever les esprits malgré la dure et cruelle réalité à laquelle étaient alors confrontés les soldats belges. Et ceci, tandis que, dans les territoires occupés, comme celui de Bruxelles, où les conditions étaient pourtant bien moins difficiles, ne se jouait qu’un théâtre d’endormissement des esprits et qui n’avait donc de théâtre que le nom. D’où ces questions qu’on ne peut empêcher de se poser : Comment du vrai théâtre a-t-il pu être proposé sur le front de l’Yser malgré les conditions matérielles et psychologiques exécrables qui y régnaient ? À l’inverse, pourquoi n’a-t-il été proposé qu’un théâtre de divertissement en zone occupée où ces mêmes conditions, sans être idéales, étaient pourtant meilleures ? Dans ce mémoire, nous tenterons de répondre à ces deux questions en commençant par rapporter les circonstances qui ont placé le territoire belge, et la ville de Bruxelles en particulier, sous occupation allemande en 1914, et en y décrivant ensuite le paysage théâtral durant les quatre années suivantes. Puis, nous ferons de même pour le front de l’Yser et analyserons quelques œuvres qui y ont été écrites et jouées. Enfin, nous comparerons les deux situations et en tirerons les conclusions qui nous paraissent s’imposer.