« L’amour n’a-t-il vraiment pas de couleur ? » Le racisme intime vécu par les femmes sud-est asiatiques en Belgique francophone
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- L'amour n'a-t-il vraiment pas de couleur ? Cette question, qui semble simple en apparence, cache une complexité profonde. Comment concevoir que ceux et celles que nous aimons le plus, avec qui nous partageons nos moments les plus intimes et en qui nous plaçons notre plus grande confiance, puissent également être les vecteurs de discrimination raciale ? Le racisme intime, loin d'être un simple oxymore, révèle les dynamiques de pouvoir et les préjugés qui persistent au cœur même de nos relations intimes. Ce mémoire propose d'explorer cette tension entre l'amour, présumé aveugle à la couleur et les réalités du racisme qui peuvent s'y infiltrer. Cette recherche se concentre particulièrement sur les femmes asiatiques qui sont caractérisées par leur orientalisation, leur objectification et leur marginalisation. Elles subissent ainsi une double féminisation et une double soumission. A la fois altérisées et homogénéisées, leurs corps et leurs identités sont souvent réduits à des archétypes exotiques faisant d’elles des cibles de discriminations raciales pouvant aller jusqu’à leurs relations intimes. Avec pour objectif de redonner une voix à ces femmes trop souvent silenciées, cette recherche qualitative exploratoire se base sur des entretiens semi-directifs menés auprès de neuf femmes asiatiques descendantes de l’Asie du Sud-Est, vivant en Belgique ayant eu/étant en relation avec des personnes blanches. A l’aide d’une approche intersectionnelle, cette étude souhaite explorer les manifestations du racisme intime, théorisé par Maya Yampolsky (2022) tel qu’il est perçu et vécu par ces femmes ainsi que les stratégies déployées par celles-ci lorsqu’elles y sont confrontées. Les résultats de ces entretiens permettent de mettre en lumière certains vécus communs de la part des participantes. Elles rapportent avoir subi du racisme implicite au travers de micro- agressions, comme des micro-insultes camouflées sous l’humour et minimisées par le déni, s’être parfois senties fétichisées, objectifiées sexuellement et homogénéisées par leur partenaire. Enfin, elles expriment avoir souffert des micro-invalidations face à leurs identités raciales et leurs expériences du racisme. Malgré ces manifestations, les participantes font preuve d’agentivité au travers de l’élaboration de diverses stratégies d’adaptation et de résistance. Les résultats de cette étude gagneraient à être complétés et approfondis au sein de futures recherches afin de permettre la mise en lumière d’une problématique, intime et profondément politique, trop longtemps ignorée.