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Infiltrer le système pour le changer. Conditions et processus d’un entrepreneuriat institutionnel à travers le cas “Céline Alvarez” en Fédération Wallonie-Bruxelles

(2020)

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Comment comprendre que certaines idées éducatives parviennent à faire leur place dans les espaces de réflexion pédagogique, jusqu’à s’imposer comme évidences partagées pour de nombreux acteurs de l’enseignement ? C’est à cette ambitieuse question que notre recherche s’efforcera d’apporter des éléments de réponse, en s’appuyant particulièrement sur le travail institutionnel dans lequel s’est engagée Céline Alvarez en FWB. Cette ex-enseignante française, qui a intégré la profession avec pour objectif d’infiltrer le système éducatif pour le changer de l’intérieur, a été l’initiatrice, en France, d’un certain nombre d’activités qui visent l’avènement d’une rupture avec les manières de « faire l’école » institutionnalisées. À travers la notion d’« entrepreneur institutionnel » introduite par DiMaggio (1988) et actualisée par Battilana, Leca & Boxenbaum (2009), nous analysons le travail que Céline Alvarez a effectué pour délocaliser et importer son entreprise de changement dans notre contexte belge francophone. Notre recherche place la focale sur le dispositif d’accompagnement de professionnels qu’elle a mené durant l’année 2018-2019, initié par le gouvernement de la FWB. Pour comprendre le mouvement dans lequel se sont engagés sept-cent-cinquante acteurs de l’enseignement, nous avons réalisé des entretiens avec 11 d’entre eux, dont plusieurs sont vraisemblablement des figures-clés du dispositif. Le « succès » de l’entrepreneuriat institutionnel semble tout d’abord lié à la volonté et à la capacité d’une puissante coalition d’acteurs qu’une actrice légitime à leurs yeux – Céline Alvarez – est parvenue à interconnecter. Ainsi, nous soulignons la dimension éminemment collective et sociale du processus. En effet, celui-ci engage un « travail institutionnel » (Lawrence & Suddaby, 2006) qui dépasse l’acteur individuel. En amont, l’implantation de cet entrepreneuriat semble avoir résulté d’une agrégation d’intérêts différents, notamment académiques et politiques. Durant le processus, l’entreprise institutionnelle a été simultanément infléchie par des « acteurs de la base » par des régulations qui tendaient à s’émanciper de l’entrepreneure institutionnelle. Le changement institutionnel, bien que fortement cadré et normé par une série de supports communicationnels structurants, a essaimé et a été adapté à de multiples conditions locales, permettant de construire une forte légitimité pragmatique rendant les arrangements institutionnels promus difficilement contestables. Mais plus largement, nous constatons que les acteurs engagés ne sont pas les sujets « passifs » d’une entreprise externe qui s’impose à eux par une simple conjoncture favorable, ils sont actifs dans le processus parce qu’il est en congruence avec les perspectives morales qu’il porte. Cette donnée doit nous inviter à questionner les acteurs organisationnels et entrepreneurs institutionnels qui, aujourd’hui, adressent une critique à l’École et alimentent possiblement une indétermination normative dans le champ scolaire.