Liberté mineure et liberté majeure : pour une lecture décoloniale de la genèse philosophique en Colombie
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- Le point de départ de cette recherche est le sentiment d’insuffisance et d’asymétrie présent dans la façon dont l’historiographie philosophique Colombienne raconte et construit le récit de l’identité intellectuelle nationale. Dans la perspective d'une histoire des idées, la tentative la plus notable a été proposée par l’emblématique groupe de Bogotá qui accorde une place primordiale et en quelque sorte originaire de l’activité philosophique au problème posé par la liberté indigène pendant la période de pacification (1550 – 1600). L’activité intellectuelle et militante des protecteurs d’indiens y trouve une place prépondérante comme expression de principes juridiques, philosophiques et théologiques qui seront considérés par après comme « ancêtres des droits de l’homme » ou comme « précurseurs des tous les mouvements humanitaires modernes ». Pourtant, si les principes guidant le protectorat d’indiens ont été une voix dissonante de protestation face aux abus de la colonisation ; ils ont représenté, d’un autre côté, le fondement spirituel de l’ethnocide, pour parler comme Clastres. La liberté si férocement défendue par les protecteurs était en réalité conditionnée par l’intransigeance du cadre ontologique chrétien et l’abandon des modes de vie et de pensée indigènes considérés « hérétiques ». Dans cette perspective, le « début » de la philosophie en Colombie est marqué par l’asymétrie de la violence coloniale qui est celle aussi de considérer qu’en termes de philosophie, il n’y avait en Amérique, rien de mémorable. L’historiographie philosophique du groupe de Bogota est, malgré ses efforts inestimables pour reconstituer les fondements idéologiques de la conquête, l’illustration parfaite de l’injustice épistémique de l’institution que nous appelons philosophie. Mais si l’histoire de la philosophie en Colombie ne commence pas avec la défense indigéniste de la liberté indigène, ceci veut dire que ce même problème considéré dans la perspective des populations directement concernées, renvoie à une tout autre tradition de pensée et de vie et en conséquence une autre philosophie de la liberté. Dans notre recherche nous nous efforçons pour resituer les fondements philosophiques de la liberté à l’œuvre dans le protectorat d’indiens ainsi que la contradiction qu’elle encoure non seulement dans ses dispositions mais plus directement avec la conception de liberté proprement indigène. Nous appelons cette liberté majeure d’après le droit et devoir majeur du peuple Misak dont la conceptualité confronte la praxis indigéniste du premier évêque de Popayán, don Juan del Valle.
Citations
Meneses Alvarez, N. (2023). Liberté mineure et liberté majeure : pour une lecture décoloniale de la genèse philosophique en Colombie. https://dial-mem.test.bib.ucl.ac.be/handle/2078.2/34186