Quel est le ressenti (réflexion éthique et questionnement individuel) des médecins généralistes face à une demande d’euthanasie ?
Files
Heripret_85791400_2021.pdf
Open access - Adobe PDF
- 2.28 MB
Details
- Supervisors
- Degree label
- Abstract
- Même si une loi, adoptée en 2002, régit à présent les demandes d'euthanasie, les comportements des médecins généralistes diffèrent selon plusieurs critères. J'ai réalisé une analyse qualitative basée sur plusieurs entretiens semi-dirigés que j'ai eu avec des médecins généralistes de Belgique. Ils ont répondu à une série de questions sur l'euthanasie et ont pu faire part de leur ressenti face aux demandes, qu'ils en aient réalisées ou non. La recherche qualitative a eu pour but d'étudier les divergences d'opinion quant à la législation, de comprendre les points de vue, de recueillir les sentiments, les expériences des médecins face à des situations parfois complexes, de patients en fin de vie et en demande d'euthanasie. Il s'agit de connaître les pratiques et les opinions des médecins généralistes vis-à-vis de l'euthanasie et de se rendre compte de l'impact psychologique d'une demande d'euthanasie pour un médecin généraliste, de son ressenti face à cela, de ses doutes, ses interrogations, ses convictions ; de comprendre pourquoi certains refusent catégoriquement, pourquoi d'autres hésitent et réorientent et pourquoi certains se spécialisent éventuellement dans cet accompagnement. Il s’agit également d’avoir une idée de degré d’information des médecins généralistes quant à la loi et aux aides qu’ils peuvent solliciter lors d’une telle demande. J'ai pu recueillir le ressenti de 5 médecins généralistes qui ont accepté l'interview. Parmi eux, 4 avaient déjà pratiqué l'euthanasie et une y était favorable sans l'avoir pratiqué. Aucun médecin contre l'euthanasie ne s'est manifesté malgré mes relances ce qui pourrait montrer que le sujet reste encore tabou, et que beaucoup de médecins généralistes peinent encore à discuter d'euthanasie et donner leur avis. Chaque médecin était bien au courant de la loi, des implications et des possibilités qu'elle offre aux patients belges. Le patient reste au cœur de toutes les discussions, que les médecins aient pratiqué ou non l'euthanasie, la volonté du patient prime et le respect de sa volonté est primordial pour tous les médecins qui ont été interviewés. Pour tous, la place du médecin traitant est majeure, il est au centre du réseau de santé du patient, il connaît le malade et le contexte socio-familial. Il a un rôle d'écoute, de suivi et d'accompagnement. Les résultats montrent également à quel point le chemin psychologique peut être long et difficile avant d'accepter de réaliser l'acte, que la plupart des médecins demandent de l'aide et se font accompagner car c'est aussi l'acte technique qui inquiète beaucoup les médecins généralistes et génère beaucoup d'angoisses. Tous sont également d'accords pour dire que les médecins refusant de pratiquer les euthanasies devraient, comme la loi le prévoit, savoir référer à un autre médecin qui prendra en charge le dossier, afin de respecter le projet du patient. Ils critiquent également les euthanasies déguisées qui ne rentrent pas dans le cadre de la loi ou les sédations palliatives. Pour les médecins interrogés il apparaît également indispensable d'établir des projets de fin de vie pour leur patient, afin d'être préparés au mieux dans le cas de soins palliatifs et de pouvoir, plus sereinement, aborder le sujet de l'euthanasie. Enfin, 4 médecins sur 5 expriment de réelles difficultés lorsqu'il s'agit de l'euthanasie sur les mineurs.