Towards a Care-led recovery for the European Union? A feminist care analysis of the National Recovery and Resilience Plans
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- L'Union européenne (UE) a lancé le plus grand plan de relance budgétaire de son histoire pour aider les États membres à mieux affronter les conséquences de la pandémie de Covid-19 : le fonds NextGenerationEU. Considérant que cet instrument inédit a été créé précisément pour réparer les dommages économiques et sociaux immédiats causés par la crise sanitaire, ce mémoire applique une lecture féministe afin d'explorer comment le care y est appréhendé. En s'appuyant sur la littérature féministe sur le care pour analyser les plans nationaux de relance et de résilience (PNRR) de huit pays (Autriche, Belgique, République Tchèque, Allemagne, Finlande, Italie, Lettonie et Espagne), l'objectif de cette recherche est de comprendre dans quelle mesure les impacts socio-économiques négatifs de la crise du coronavirus, subis de manière disproportionnée par les femmes et les groupes défavorisés, se traduisent par une approche axée sur le care dans les PNRR. L’analyse qualitative approfondie (critical frame analysis) des plans nationaux complétée par une évaluation quantitative offre plusieurs éléments de réponse. Premièrement, malgré les incitations limitées vers une transition axée sur une société du care, les PNRR étudiés abordent tous cette question, bien que dans une bien moindre mesure par rapport à la transition écologique ou digitale. Deuxièmement, l’analyse qualitative montre que la portée des mesures liées au care dans les PNRR reflète les régimes de care (Lohmann & Zagel, 2016). Les pays caractérisés par un niveau de défamiliarisation plus élevé présentent une incidence modérée de telles mesures. Le niveau le plus élevé d'occurrence se trouve dans les pays relevant des modèles d'individualisme/familialisme implicites. En revanche, les pays se situant à l'extrémité supérieure des modèles de familialisation affichent une incidence de mesures liées au care soit beaucoup plus faible, soit beaucoup plus élevée. La troisième constatation est qu'il existe une convergence vers des solutions assez similaires en ce qui concerne l'institutionnalisation des soins aux enfants et la désinstitutionalisation des soins de longue durée, mais la reconnaissance des problèmes sous-jacents aux déséquilibres du care est formulée de manière contrastée. Une majorité de pays présentent les responsabilités liées aux soins comme un coût ou un fardeau, tandis que d'autres pays présentent plutôt le care comme une valeur en soi, comme une question centrale reliant plus explicitement les mesures de soins aux préoccupations d'inclusion, d'équité sociale et de protection sociale. Quatrièmement, l'examen des PNRR a révélé une tendance largement partagée à adopter une perspective axée sur le cycle de vie, en accordant une certaine place à toutes les phases du care (Tronto, 1993), même si - à quelques exceptions près - la plupart des PNRR ne reconnaissent pas la dimension intrinsèquement intersectionnelle et transnationale du care. Bien que leur valeur prédictive reste à traiter avec prudence vu la nature complexe du care en tant que bien social (Daly, 2002), ces résultats tendent à corroborer l'idée que la relance peut servir de tremplin pour opérer un changement de paradigme vers une société du care, notamment dans les pays où les niveaux de soutien familial sont moindres, à condition que la volonté de le faire y soit.