De la prévalence à la réduction des interactions médicamenteuses en maisons de repos en Belgique
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- Contexte : Les résidents en maisons de repos et de soins (MRS) sont exposés à un risque accru d’interactions médicamenteuses (drug-drug interactions, DDIs) en raison d’une prise majorée et parfois inappropriée de médicaments. Il existe cependant relativement peu de données décrivant l’effet de revues médicamenteuses sur la problématique des DDIs en particulier. Objectifs : Ce travail avait pour objectifs principaux de (A) Mesurer la prévalence des DDIs potentiellement cliniquement significatives chez des patients de MRS en Belgique, leur évolution dans le temps, et identifier les facteurs associés à la résolution des DDI ; et (B) Décrire le nombre et la nature des interactions identifiées lors de revues médicamenteuses interdisciplinaires. Méthode : Analyse rétrospective des données d’une étude randomisée contrôlée (l’étude COME-ON) ayant évalué l’effet d’une intervention complexe comprenant des revues médicamenteuses interdisciplinaires sur la qualité des prescriptions des résidents en MRS. (A) La présence de DDI a été recherchée en début et fin d’étude, parmi une liste de 69 DDIs potentiellement cliniquement significatives établie par un consensus d’experts européens, au moyen d’un algorithme écrit dans le langage de programmation R. Une régression logistique a permis d’évaluer les facteurs associés à une évolution favorable entre le début et la fin de l’étude. (B). Une description détaillée des problèmes liés à la médication impliquant des DDIs (DRP-DDI) identifiés lors des revues médicamenteuses a été réalisée sur base des informations encodées par les équipes multidisciplinaires et via l’outil numérique « Phil » de l’APB. Résultats : (A) 55,1% et 52,3% des 901 résidents inclus avaient respectivement au moins 1 DDI potentiellement cliniquement significative en début et en fin d’étude. Les interactions les plus fréquentes étaient une prise concomitante de 3 médicaments agissant sur le système nerveux central (34,9%), la prise d’un AINS oral avec un ISRS (12,9%), la prise d’un SSRI avec un diurétique (9,4%). Une évolution favorable des DDI a été observée chez 28,2% des résidents. Les facteurs suivants étaient associés de façon significative à une évolution favorable : souffrir d’un cancer du sein (OR 2,92 ; IC95 1,28-6,59) ; faire partie du groupe intervention (OR 2,11 ; IC95 1,37-3,11) ; séjourner dans une maison de repos sous statut privé (OR 2,10 ; IC95 1,30-3,48) ; être âgé de 85 ans ou plus (OR 1,79 ; IC95 1,17-2,78) et expérimenter une chute au cours des 3 derniers mois (OR 1,74 IC95 1,07-2,81). (B) Un total de 172 DRP-DDIs identifiés lors des revues médicamenteuses chez 100 résidents a été analysé. Les antidépresseurs constituaient la principale classe de médicaments impliqués (37,8%) devant les neuroleptiques (27,3%) et les diurétiques (18,6%). Les principales conséquences cliniques des DRP-DDI incluaient un risque d’allongement de l’intervalle QT (17,2%), d’hémorragie (12,9%) et d’effets anticholinergiques (8,6%). Conclusion : La prévalence d’interactions médicamenteuses potentiellement cliniquement significatives est assez élevée chez les résidents de MRS en Belgique. Les revues médicamenteuses interdisciplinaires sont associées à une réduction des DDIs, mais il reste une marge d’amélioration importante, notamment concernant l’utilisation des psychotropes. Quantifier le risque d’événement iatrogène associé à ces DDIs permettrait d’identifier quelles DDIs les professionnels de santé devraient adresser en priorité.