Caractérisation clinique, biochimique et génétique d’une cohorte belge de 120 phéochromocytomes
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- Introduction : Les phéochromocytomes sont des tumeurs neuroendocrines rares (0,95 nouveaux cas pour 100 000 personnes par an) se développant à partir des cellules chromaffines de la médullosurrénale ou de tissu dérivé de la crête neurale. Elles sont majoritairement bénignes mais dans 10% des cas, la présence de métastases définit la malignité et péjore le pronostic. Certains modes de présentation sont associés à une maladie plus sévère : formes pédiatriques, extra-surrénaliennes, bilatérales, multifocales, récidivantes, métastatiques et familiales. Les phéochromocytomes sécrètent des catécholamines en quantités variables, responsables de leur symptomatologie clinique. Ils peuvent être classées en 4 phénotypes : adrénergique, noradrénergique, dopaminergique et silencieux. Actuellement, jusqu'à 40% des phéochromocytomes sont expliqués par des mutations germinales au sein de 22 gènes de prédisposition. Cela en fait une des tumeurs avec le plus haut degré d'héritabilité. Matériels et méthodes : L'étude rétrospective de la base de données UCL inclut 120 phéochromocytomes non-syndromiques, diagnostiqués entre les années 1970 et 2017 dans 19 centres belges. 115 tumeurs ont fait l'objet d'analyses génétiques dont 74 ayant bénéficié du panel de 17 gènes de susceptibilité. Résultats : Au sein de notre cohorte, nous avons recensé les cas pédiatriques (7,5%), extra-surrénaliens (13,3%), bilatéraux (2,9%), multifocaux (5,1%), récidivants (8,5%), métastatiques (7,6%) et familiaux (5,9%). La présence d'au moins un critère de sévérité augmente la probabilité d'identification d'une mutation germinale (30,3% vs 8,5% ; p=0,003). Certaines caractéristiques tumorales sont associées à une prévalence élevée de métastases : une localisation extra-surrénalienne (37,5%, p<0,001) ou multifocale (33,3%, p=0,016), une maladie récidivante (40%, p<0,001) et une sécrétion élevée de dopamine (25%, p=0,005). Une tumeur de grande taille n'entraîne pas de majoration du risque de métastases. Les localisations extra-surrénaliennes sont à haut risque de récidive (31,3%, p<0,001). Le phénotype adrénergique est le plus fréquent (58,1%) et se présente exclusivement au niveau surrénalien. Le phénotype noradrénergique (33,9%) est diagnostiqué le plus jeune (37,6 ans) et présente la plus haute prévalence de cas pédiatriques (19%, p=0,036) et familiaux (18,8%, p=0,018). Le phénotype silencieux est rare (8,1%) et fréquemment extra-surrénalien (40%, p=0,041). Quinze pour cent de la cohorte présente une mutation dans un des gènes de prédisposition. Conclusions : Nous avons identifié certaines caractéristiques tumorales à risque de développer des métastases : une localisation extra-surrénalienne ou multifocale, une maladie récidivante et une sécrétion anormale de dopamine. Les tumeurs extra-surrénaliennes sont également à haut risque de récidive et devraient bénéficier d'une surveillance rapprochée même après exérèse. Le phénotype noradrénergique est associé à une haute prévalence de cas pédiatriques et familiaux ; cette présentation pourrait être expliquée par une pathogénèse régie par le cluster pseudo-hypoxique. Enfin, nous recommandons fortement le dépistage génétique. Le risque d'identifier une mutation germinale est significativement augmenté en cas de présence d'au moins un critère de sévérité.
Citations
Courcelles, L. (2019). Caractérisation clinique, biochimique et génétique d’une cohorte belge de 120 phéochromocytomes. https://dial-mem.test.bib.ucl.ac.be/handle/2078.2/12397