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“ Prendre ses désirs pour des réalités ”. L'influence de la projection sur l’objectivation

(2020)

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C’est Kant qui a, le premier, introduit le concept d’objectivation à la fin du 18ème siècle en le définissant comme le fait de traiter quelqu’un·e non pas comme un être humain en soi mais comme un moyen d’assouvir ses propres désirs (son ‘appétit’ sexuel). Ce serait réduire un être doté d’humanité au statut d’objet, d’instrument. Cette conception kantienne marque les prémisses de théories féministes sur le sujet. Alors que la plupart des théories féministes se concentrent sur la dimension morale kantienne de l’objectivation, Rae Langton propose d’étudier une dimension épistémologique et en particulier un mécanisme menant à l’objectivation sexuelle : la projection. Elle développe un lien qui peut s’établir entre la projection et l’objectivation, la première entraînant la seconde. L’objet de notre étude est de tenter de démontrer empiriquement le lien qui peut être fait entre la perception de comportements sexualisés chez les personnages d’une saynète et les propres intentions sexuelles des lecteur·rices. Pour ce faire, nous avons manipulé les participant·es afin d’augmenter ou diminuer leur intentions sexuelles pour inciter une projection différente selon ces deux conditions de manipulations. Les résultats montrent qu’il existe un effet de la manipulation uniquement pour les femmes. Celles-ci auraient plus tendance à percevoir des intentions sexuelles chez les protagonistes lorsque la manipulation avait pour but d’élever leurs intentions sexuelles. Des enjeux méthodologiques ne permettent toutefois pas de considérer que cette différence n’est liée qu’à la projection. Une expérience qui se déroulerait en ‘vrai’ pourrait permettre d’affiner les conclusions et d’estimer l’influence de la projection.