Développements descriptifs, analytiques et critiques du modèle Uber : syntaxe organisationnelle, expérience du travail et rapport salarial, une nouvelle donne ?
Files
Falcomer_12331200_2017.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.15 MB
Falcomer_12331200_2017_AnnexesAàK.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.1 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- En près de dix ans d’existence, Uber a réalisé par moins de cinq milliards de trajets. Pour cela, la start-up américaine a pu compter sur ses quelques 330.000 chauffeurs-partenaires à travers le monde, dont 30.000 à Londres sur les 40.000 que compte le Royaume-Uni et 500 à Bruxelles. En tout, ce sont pas moins de 40 millions d’usagers réguliers qui utilisent ses services via une application gratuite spécialement conçue et dédiée à cet effet. Signe du capitalisme financier et d’une évidente déconnexion de l’économie réelle, en opposition à l’économie virtuelle, l’entreprise a le vent en poupe et attire nombre d’investisseurs. Elle est aujourd'hui estimée entre 50 et 70 milliards d’US dollars, bien qu’elle ait accusé plus de 3 milliards d’US dollars en 2016. L’impact de cette valorisation et de la nécessité d’opérer des retours sur investissement se ressent jusque dans la gouvernance de la firme californienne. Mais au-delà de ces aspects, son succès et son ancrage résident surtout dans la constitution d’un réseau d’acteurs solide et durable malgré les difficultés et oppositions rencontrées. Bien que ces dernières années des formes d’économie alternatives à l’économie capitaliste aient connu un regain d’intérêt (économie solidaire, collaborative…), le modèle véhiculé par Uber ressort bien de l’économie des services, capitaliste, contrairement à ce qu’elle laisse parfois entendre dans sa stratégie marketing. Plus récemment, de nouvelles classifications économiques sont apparues et permettent de mieux cerner les activités de la start-up sans pour autant la déclassifier des services (économie digitale, de plateforme…). Bien que les enjeux se trouvent essentiellement du côté juridique (droit du travail et fiscal, surtout), les impacts d’Uber et de son modèle économique se font surtout sentir chez les chauffeurs. D’abord sur l’expérience du travail qu’ils font, inscrivant leur activité dans l’espace public avec une attente majeure en termes d’égale dignité essentiellement contrebalancée par la vision du client-roi. La dimension émotionnelle de la relation clients est très présente et tronquée, pour offrir la meilleure expérience possible aux clients, entrainant une nouvelle forme d’aliénation que l’on n’envisageait pas à l’ère de Marx, à savoir une aliénation émotionnelle. Le travail est aussi le lieu par l’excellence du juste et de l’injuste, lui conférant une dimension fondamentalement politique. Ensuite, relativement au rapport salarial, le salariat n’est définitivement plus la norme. Au contraire, apparaît une nouvelle forme de précarité extrême caractérisée entre autres par une gouvernementalité algorithmique, du travail ultra-flexible et des travailleurs faussement classifiés indépendants-partenaires : l’ubériat. Contrairement aux propositions de Dominique Méda, les conditions objectives et subjectives de travail se sont détériorées à l’ère de l’économie ubérisée. Il est désormais de la responsabilité des législateurs nationaux et européens de légiférer sur le cas d’Uber afin d’éviter de sacrifier une nouvelle génération de travailleurs.