Pouvoir prédictif des biomarqueurs du liquide céphalo-rachidien (protéine tau et peptide β amyloïde) dans le devenir au long cours de patients présentant des troubles cognitifs légers
Files
Dermine_Raphaëlle_25181800_2020-2021.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.58 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- Introduction La maladie d’Alzheimer est la forme la plus fréquente de démence chez les personnes âgées. Il s’agit d’une maladie neurodégénérative caractérisée par deux types de lésions : les plaques séniles constituées de dépôts extracellulaires insolubles de peptide amyloïde Aβ40 et Aβ42 ainsi que les enchevêtrements neurofibrillaires intracellulaires provenant de l’hyperphosphorylation de la protéine Tau, une protéine tubulaire du cytosquelette. L’association de ces deux types de lésions est pathognomonique de la maladie d’Alzheimer. Or ces lésions sont présentes aux stades les plus précoces de la maladie, avant même l’apparition de symptômes. Dès lors, il est envisageable de prédire la future évolution vers une maladie d’Alzheimer chez des patients présentant des troubles cognitifs légers (Mild Cognitive Impairment – MCI), sur base du dosage dans le liquide céphalo-rachidien des biomarqueurs suivants : le peptide β amyloïde et la protéine Tau. Objectifs et intérêts Notre étude a pour but de rajouter de la certitude clinique à l’utilisation des biomarqueurs du LCR, à savoir le peptide amyloïde Aβ42, la protéine Tau totale et le ratio T-Tau/Aβ42, dans la prédiction de la progression des troubles cognitifs chez des patients MCI. Nous disposons d'une base de données de 149 patients ayant bénéficié d’une ponction lombaire avec dosage des biomarqueurs du LCR aux Cliniques Universitaires Saint-Luc entre 1997 et 2018 dans le cadre d’un bilan de troubles cognitifs légers. L'étude du devenir de ces patients a permis d'étudier séparément les performances diagnostiques de l'Aβ42, de T-Tau et de leur ratio, afin d’identifier le meilleur prédicteur de l’évolution vers une démence. Nous avons également étudié les performances diagnostiques et pronostiques des différents scores cognitifs, et nous sommes intéressés aux variables démographiques influençant le cours naturel de la cognition. Matériel et méthodes Notre étude a comporté deux étapes distinctes : (1) une étude rétrospective des données de patients ayant bénéficié d’une PL dans le cadre de troubles cognitifs légers entre 1997 et 2018, (2) la soumission d’un test cognitif téléphonique aux patients n’ayant plus été suivis et diagnostiqués déments aux CUSL, dont le dernier follow-up en neurologie datait d’il y a plus d’un an. Résultats Les taux de biomarqueurs du LCR étaient pathologiques chez la moitié des sujets inclus dans notre étude, et après un follow-up médian de 5 ans, 41% des sujets ont évolué vers un syndrome démentiel. Nous avons constaté que 6 variables indépendantes permettaient de prédire de façon statistiquement significative l’évolution vers une démence, à savoir : l’âge, T-Tau, Aβ42, T-Tau/Aβ42, les fonctions mnésiques et le score cognitif global. Le ratio T-Tau/Aβ42 s’est avéré être encore plus prédictif que les deux marqueurs pris de façon isolée (Sensibilité 63.8% ; Spécificité 87.8%). En ce qui concerne les scores cognitifs, le score évaluant spécifiquement les fonctions mnésiques s’est avéré plus performant encore que le score global reprenant les différents domaines de la cognition (Sensibilité 86% ; Spécificité 59%). Parmi les sujets MCI présentant un ratio T-Tau/Aβ42 normal, 22% ont évolué vers une démence au cours du suivi, versus 64% de ceux dont le ratio était pathologique. Les patients MCI dont la PL est pathologique présentent donc près de 3 fois plus de risque d’évoluer vers un syndrome démentiel à l’avenir que ceux dont la PL est normale. Conclusion Notre étude confirme que les biomarqueurs de neurodégénérescence du LCR ont un rôle essentiel dans le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer. Le marqueur le plus performant dans la prédiction d’une démence chez des patients MCI est le ratio T-Tau/Aβ42, avec une sensibilité de 63.8% et une spécificité de 87.8%. Le score cognitif évaluant les fonctions mnésiques est également un marqueur pronostique performant, avec une sensibilité de 86% et une spécificité de 59%. Cependant, même si les biomarqueurs du LCR ont démontré leur intérêt dans la détection précoce d’une MA, ceux-ci nécessitent des coûts économiques importants, sont invasifs et peu disponibles dans les soins de santé primaires. Il pourrait donc être intéressant d’étudier d’autres marqueurs périphériques plus accessibles comme le ratio sanguin TP42/40 ou encore les concentrations plasmatiques de P-Tau181 et P-Tau217. Ceci permettrait réaliser un screening à large échelle de la population, de monitorer la progression de la MA et de suivre les effets de nouvelles thérapies, et ce de façon peu invasive.