Le traitement des violences sexuelles faites aux femmes dans la presse écrite belge francophone entre 1846 et 1912
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- Cette recherche a pour objectif de porter un nouveau regard sur les violences sexuelles en se concentrant spécifiquement sur les victimes et en se basant sur la presse écrite, une source rarement utilisée dans l’examen de cette question. Cette nouvelle approche se focalise sur le traitement des violences sexuelles commises sur les femmes sexuellement majeures dans la presse quotidienne francophone belge entre 1846 et 1912. L’analyse repose principalement sur une méthode quantitative. Les données, disponibles dans les articles, révèlent des stéréotypes journalistiques employés dans la presse. Dans la lignée de l’histoire culturelle et des études de genre, cette recherche permet d’accéder à l’imaginaire des violences sexuelles véhiculé dans la presse et d’appréhender les répercussions de ces représentations genrées dans la société de l’époque. Entre 1846 et 1912, la fréquence des mentions de violences sexuelles augmente progressivement dans les quotidiens. Malgré l’absence d’un traitement journalistique propre à ces faits criminels, leur présence marque une volonté de les porter sur la place publique ce qui peut aboutir à une sensibilisation du public. En outre, le choix des crimes, mis en exergue par les journalistes, brosse une image de ce que les hommes considèrent être une agression sexuelle « type ». Elle se déroule en extérieur, le soir ou la nuit. L’accusé est un homme jeune et issu des classes populaires tandis que la victime est une femme jeune, issue de milieux modestes, célibataire, sans lien avec l’agresseur. Dès lors, la diffusion de ces stéréotypes empêche un grand nombre de femmes de se reconnaître comme victime et établit le comportement à adopter pour ne pas être agressées. Par ailleurs, la voix et le ressenti de la victime ne sont presque jamais présents dans les articles. De même, le doute plane constamment sur elle selon qu’elle fait partie de la catégorie des « bonnes » ou des « mauvaises » victimes. En conclusion, cette étude souligne le rôle majeur de la presse dans la diffusion de mythes qui influencent la société, les accusés et les victimes dans leur perception des violences sexuelles. Certaines de ces représentations sont, par ailleurs, encore présentes dans notre société. Cette recherche montre donc la nécessité de comprendre le caractère construit et genré de ces préconceptions mais aussi de les connaître pour ne pas les reproduire et les propager dans la presse. This research aims to take a new look at sexual violence by focusing specifically on victims and based on the print media, a source rarely used in the examination of this issue. This new approach focuses on the treatment of sexual violence committed against women of sexual age in the Belgian French-language daily press between 1846 and 1912. The analysis is mainly based on a quantitative method. The data, available in the articles, reveals journalistic stereotypes used in the press. In line with cultural history and gender studies, this research provides access to the make-believe of sexual violence spread in the press and brings understanding on the repercussions of these gendered representations in the society of that time. Between 1846 and 1912, the frequency of reports of sexual violence gradually increased in daily newspapers. Despite the absence of specific journalistic treatment to criminal acts, their presence marks a desire to bring them to the public square, which can lead to a change in the sensitization of the public. In addition, the choice of crimes, highlighted by journalists, paints a picture of what men consider to be a "typical" sexual assault. It takes place outdoors, in the evening or at night. The accused is a young man from the working classes while the victim is a young woman, from modest backgrounds, single, unrelated to the aggressor. Therefore, the dissemination of these stereotypes prevents a large number of women from recognizing themselves as victims and establishes the behavior to adopt in order not to be attacked. Moreover, the voice and feelings of the victim are almost never present in the articles. Similarly, she is constantly in doubt depending on whether she belongs to the category of "good" or "bad" victims. In conclusion, this study highlights the major role of the press in spreading myths that influence society, defendants and victims in their perception of sexual violence. Some of these representations are, moreover, still present in our society. This research therefore shows the need to understand the builded and gendered nature of these preconceptions but also to recognize them so we don’t reproduce them and propagate them in the press.