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Frenois_63722200_2024.pdf
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- Ce travail vise à penser conjointement deux champs de recherche, l’histoire de l’art féministe et l’Art Brut. Près de quatre-vingts ans après sa création, l’Art Brut, en tant que concept à contre-courant des normes, s’avère un outil utile pour penser la place singulière des artistes femmes au sein de l’Histoire de l’Art. Marginales parmi les marginales, les artistes femmes brutes ont été mises en avant par l’artiste-théoricien Jean Dubuffet dès les débuts de l’aventure de l’Art Brut. Celles-ci servent avant tout un projet théorique où elles sont principalement narrées en tant que femmes, dans un mouvement à double tranchant. A la fois brutes mais femmes, femmes mais brutes, cette recherche tentera d’examiner les spécificités de cette double assignation, à la croisée de la classe et du genre. Une analyse intersectionnelle visera par conséquent à développer des outils originaux pour penser hors du canon monolithique de l’artiste femme. Au travers des écrits de Dubuffet, de ses commentateur·ices, ainsi que des apports issus du terrain de l’Art Brut actuel, la place qu’occupent ces artistes, entre valorisation, relégation et objectification, sera comparée à la situation de leurs homologues de l’« art culturel». Pointant les mécanismes institutionnels derrière les inégalités genrées, cette recherche analysera le rapport ambivalent que l’Art Brut, passé et actuel, entretient avec les intermédiaires, collectionneur·euses, institutions muséales, marché de l’art et avec l’art contemporain, ce qui favorisera une meilleure compréhension de ses enjeux en termes de légitimation. La figure archétypale de l’artiste brut·e, en opposition à l’artiste culturel·le, permettra de cerner le rapport paradoxal que l’Art Brut entretient avec le mythe de l’artiste génie. Appréhender la manière dont un art anticulturel réitère et/ou subvertit les canons androcentrés de l’Histoire de l’Art facilitera la compréhension du processus de minoration dont font encore l’objet les artistes femmes brutes. A travers deux études de cas, celui des artistes femmes brutes médiumniques et celui d’Eveline Kalke-Von Bruenchenhein, ce travail interrogera les stratégies mises en place par ces artistes, les rôles d’épouse et de muse, ainsi que l’hypothèse d’une co-construction des œuvres. Dans sa volonté d’ouvrir des perspectives quant à la manière de penser les artistes et les œuvres, il abordera également les parentèles, les conditions matérielles d’existence ainsi que le care indispensable à la création.