Réconcilier intentions et comportements de consommation alimentaire durable : l’économie sociale, un instrument hybride
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- Depuis une quinzaine d’années, la couverture médiatique des problèmes environnementaux et sociaux causés par l’activité humaine n’a fait qu’augmenter. Grâce notamment aux grands documentaires comme « Une vérité qui dérange », « Food, Inc. », « Home » et plus récemment « Demain » , la conscience collective des enjeux climatiques et des responsabilités humaines n’a jamais été aussi importante. D’après une étude de l’Eurobaromètre de la Commission Européenne, en 2014, 95 % des Belges estimaient que protéger l’environnement est important et 84% jugeaient que cette tâche pouvait être réalisée à un niveau individuel (EC DG ENV 2014). Et pourtant, dans les faits, si l’on observe les parts de marché des produits respectueux de l’environnement, les intentions louables des individus ne se concrétisent pas dans les chiffres de consommation effective . Si l’on se concentre sur l’alimentation – un domaine que nous démontrerons être non négligeable dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre –, en 2014, 3 Bruxellois sur 4 considéraient que nos habitudes alimentaires « ont un impact important sur l’environnement » (Ipsos Public Affairs 2014) ; or, en 2015, sur tout le territoire belge, les produits frais issus de l’agriculture biologique détiennent 2,8% des parts de marché (BioWallonie 2016). On constate ainsi un écart entre les intentions et le comportement effectif des consommateurs. Ces chiffres viennent confirmer une intuition personnelle et quelques observations informelles : les convictions et motivations individuelles ne suffisent pas. Et cela, même au sein des milieux les plus instruits à propos des enjeux climatiques et convaincus de la nécessité de protéger l’environnement. Il est difficile de modifier nos habitudes de consommation. Dès lors, dans la lignée des nombreux travaux démontrant la nécessité d’une transition écologique, économique et sociale vers une société soutenable (Entre autres : Cassiers et al. 2017; Costanza et al. 2013; Jackson 2017)et en se focalisant sur la consommation alimentaire, nous tenterons de répondre à cette question : Comment réconcilier les intentions de consommation alimentaire durable et les comportements effectifs afin de tendre vers la soutenabilité ? Notre analyse s’articulera comme suit : Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous faudra commencer par définir le concept de consommation alimentaire soutenable, et l’intérêt de son analyse dans l’optique d’une diminution des effets environnementaux anthropiques (chapitre 1). Nous présenterons également l’état des recherches actuelles traitant de l’écart entre intentions de consommation et comportements effectifs (chapitre 2) avant de véritablement entamer la réponse à notre question. Cet exposé sera composé de deux parties. Dans un premier temps, nous explorerons la littérature scientifique afin de comprendre ce qui empêche la réalisation des intentions et quelles pourraient être, en théorie, les solutions politiques à ce phénomène de « gap ». À ce propos, nous interrogerons trois conceptions différentes du comportement humain : la théorie du choix rationnel (homo economicus, chapitre 3), l’économie comportementale (chapitre 4) et la théorie des pratiques sociales (chapitre 5). Nous présenterons (chapitre 6) un tableau synthétique des éléments notables que chacune des théories apporte à la compréhension du gap et à sa réduction. Si une telle revue de la littérature aurait pu nous mener à identifier la théorie la plus adéquate pour traiter de l’écart intentions-comportements, progressivement nos recherches nous amèneront à les considérer dans leur complémentarité. En effet, il est apparu plus utile de combiner ces trois visions du comportement et les instruments de politiques publiques qu’elles suggèrent. Pour les rassembler de manière effective, nous proposons (chapitre 6) l’emploi du cadre analytique développé par Maréchal et Holzemer (2015), que nous estimons « fédérateur ». A la lumière de cette base théorique solide, nous souhaitions, dans la deuxième partie, avancer d’un cran dans notre réflexion en proposant un moyen pour réconcilier intentions et comportements alimentaires : les organisations d’économie sociale (chapitre 7). Nous présenterons les réseaux d’approvisionnement alternatif (Alternative Food Network, AFN) comme des instruments non négligeables. En effet, nous argumentons que le tiers-secteur détient des atouts selon les trois conceptions du comportement humain (chapitre 8), ce qui en fait un instrument hybride intéressant pour répondre au besoin de combiner et coordonner les approches. Nous conclurons ce chapitre en confirmant la compatibilité de l’économie sociale avec le cadre d’analyse « fédérateur » de Maréchal et Holzemer et en discutant les limites de cet instrument hybride dans la réconciliation des intentions et comportements de consommation alimentaires. Enfin, dans la conclusion, nous aborderons les limites de cette étude relativement théorique dont les conclusions mériteraient une validation empirique. Nous présenterons alors quelques pistes méthodologiques pour un potentiel test futur.