Les dénis et luttes de reconnaissance dans les trajectoires de vie de femmes sans domicile
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- La question des spécificités propres aux femmes sans-abri se développe dans le cadre des avancées féministes et en même temps qu'une augmentation de la problématique du sans-abrisme en Europe (commission européenne, 2012, Edgar & Doherty, 2001, Lelubre, 2012, Maurin, 2017, Fondation Abbé Pierre & FEANTSA, 2019). Diverses études ont déjà mis en avant les nombreuses violences, notamment contre les femmes, dans les histoires passées et actuelles de la population sans domicile féminine (Jovelin, 2017, la strada, 2014, Laporte & Chauvin, 2004, Lelubre, 2018, Vuillermoz, 2017). La santé de ces femmes en serait impactée, étant donné que celle-ci a été reliée à la problématique des violences (Koss et al., 2003; Macmillan, 2001, cités par Hlavka et al., 2007). Encore, Velut (2015) considère l'importance de la souffrance psychique parmi le public précaire, et plaide pour qu'elle soit reconnue. Nous avons ainsi étudié les trajectoires de vie de femmes sans-abri, à l'aide de la théorie de la reconnaissance formulée par Honneth. En particulier, nous avons été attentifs aux violences, en tant que dénis de reconnaissance, ainsi qu'aux luttes pour la reconnaissance des femmes. Nous suivons Renault (2008), pour lequel la souffrance sociale doit constituer le départ de toute recherche visant la normativité. Nous prenons également appui sur le modèle de Diderichsen et Hallqvist (1998, cités par Diderichsen et al., 2001) développé par Diderichsen et al. (2001), identifiant quatre mécanismes sociaux menant aux inégalités de santé. Au moyen d'entretiens qualitatifs mêlant les méthodes récit de vie et Life As A Film, nous avons analysé les trajectoires de vie de cinq femmes sans-abri ou ayant connu la rue. Nous observons ainsi la place importante des violences vécues dans la vie des femmes rencontrées. D'après celles-ci, ce fait explique de se retrouver à la rue un jour. Le nombre des dénis de reconnaissance pourrait entraîner, par accumulation, l'indifférence ou la dépressivité. De plus, chaque déni particulier paraît, par mécanismes spécifiques, entretenir des liens avec le moment où la personne se retrouve sans logement. Nous décrivons également, au niveau de la situation de sans-abrisme elle-même, la stigmatisation, s'exprimant par des attentes de reconnaissance dans le discours des personnes rencontrées. Les besoins d'écoute et d'aide sociale exprimés semblent en lien avec l'attente de reconnaissance des dénis vécus, et ainsi d'égale dignité. Nous confirmons donc la littérature en ce qui concerne les violences vécues ainsi que l'attente de reconnaissance de la souffrance. Ces dénis pourraient impliquer le sans-abrisme quand ceux-ci entraînent le dépassement des ressources de l'individu. Nous appuyons les questions de l'oubli de reconnaissance, ainsi que de la problématique de responsabilisation des aidés.