DIAGNOSTIC ET PRISE EN CHARGE DU CANCER PENDANT LA GROSSESSE : Peut-on raisonnablement envisager la poursuite de la grossesse sans mettre en péril la santé de la mère, le bien-être du fœtus et l’avenir du nouveau-né ? Analyse rétrospective des cas de cancers gestationnels aux cliniques universitaires Saint-Luc de Woluwé-Saint-Lambert (Belgique) entre les années 2005 et 2016
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- L’analyse rétrospective des 46 cas de cancers gestationnels pris en charge aux cliniques universitaires Saint-Luc (Belgique) entre les années 2005 et 2016 vise à répondre à la question que toute patiente et tout praticien inexpérimenté peuvent se poser en pareilles circonstances : « Peut-on raisonnablement envisager la poursuite de la grossesse sans mettre en péril la santé de la mère, le bien-être du fœtus et l’avenir du nouveau-né ? ». A cette interrogation, nous verrons que la réponse variera essentiellement en fonction du type de cancer, de sa localisation, de son stade et de son traitement, mais aussi de l’âge gestationnel au moment du diagnostic. A l’instar de la population féminine générale d’âge fécond (15-49 ans), cette cohorte présente une large prédominance de cancers du sein (15), suivis par les affections hématologiques (9) et les tumeurs cutanées malignes (8), ainsi que les cancers gynécologiques (3). Trente et une (67 %) malades ont reçu un ou plusieurs traitements durant leur grossesse, une chirurgie étant réalisée chez 18 d’entre elles tandis que chimiothérapie et radiothérapie anténatales étaient respectivement administrées à 16 et 4 jeunes femmes. A l’exclusion de 3 interruptions de grossesse et de 3 réductions embryonnaires (une ayant abouti à la perte des deux bébés), 44 enfants sont nés vivants, parmi lesquels deux paires de jumeaux. Dix-huit (41 %) d’entre eux (dont 11 parmi les 31 exposés à un traitement in utero) naquirent avant la 37ème semaine de gestation et 17 (37 %) furent admis en service néonatal. En termes d’anomalies ou de morbidités – souvent mineures et affectant la moitié des nouveaux nés – il parait évident que celles-ci sont généralement sans rapport avec le traitement et principalement liées à la prématurité. En conséquence, selon les cas et si possible, l’accouchement à terme avec initiation du traitement ante partum devrait être préféré à une naissance précoce provoquée dans le but de postposer la thérapie après la délivrance. On notera également que 2 prématurés (jumeaux) et 4 enfants nés à terme présentaient un poids de naissance inférieur au 10ème percentile de la courbe y relative, ce qui pourrait s’expliquer par une éclampsie (1), la gémellité (2) mais aussi par une déficience placentaire (4) qui se retrouve chez 12 patientes. Quant au follow-up maternel, si on déplore 7 décès liés à la maladie et 3 récidives contrôlées, 8 patientes ont pu concevoir à nouveau. Du côté des enfants, les données de suivi sont souvent manquantes mais – lorsqu’elles sont connues – font état d’un développement normal dans la plupart (14/17 – 82 %) des cas. Dans la négative, les retards constatés seraient davantage associés à un début de vie ou à un contexte familial et éducatif difficiles. Situations suffisamment rares que pour être mentionnées, on rapportera un cas de métastases placentaires d’un cancer digestif (estomac) sans atteinte fœtale et l’issue de quatre grossesses inattendues découvertes après radiothérapie (sein) et chimiothérapie de maintenance (leucémie promyélocytaire aigue) au premier trimestre. The retrospective analysis of the 46 gestational cancers managed at the Saint-Luc university hospitals (Belgium) between 2005 and 2016 aims to answer the question that any patient and inexperienced practitioner may legitimately ask in such circumstances: “Can the pregnancy reasonably be continued without endangering the health of the mother, the well-being of the fetus and the future of the neonate?”. To this question, the answer will mainly vary according to the type of cancer, its location, its stage and its treatment, but also to the gestational age at the time of diagnosis. As in the general female population of childbearing age (15-49 years), this cohort has a large predominance of breast cancers (15), followed by malignant haematological diseases (9) and skin tumours (8), as well as gynaecological malignancies (3). Thirty-one (67%) patients received one or more treatments during their pregnancy: surgery was performed for 18 of them while antenatal chemotherapy and radiotherapy were given respectively to 16 and 4 young women. Apart from 3 pregnancy terminations and 3 embryo reductions (one leading to the loss of both babies), 44 children were born alive, including two pairs of twins. Eighteen (41%) of them (including 11 out of 31 exposed to in utero treatment) were born before the 37th gestation week and 17 (37 %) babies were admitted to neonatal care unit. In terms of anomalies or morbidities – often minor and affecting half of the new-borns – it seems that these are, on the one hand, generally unrelated to treatment and, on the other hand, mainly linked to prematurity. Therefore, depending on the case and if possible, a term delivery with antepartum initiation of treatment should be preferred to an early birth induced in order to postpone therapy thereafter. It should also be noted that 2 premature babies (twins) and 4 full-term neonates had a birth weight lower than the 10th percentile of the related curve. This could be explained by eclampsia (1), twin pregnancy (2) and/or a placental deficiency (4) which was found in 12 patients. As regards the maternal follow-up, while regretting 7 disease-related deaths and 3 controlled recurrences, 8 patients conceived again. On the children's side, data are often missing but – when available – normal development has been reported in most (14/17 – 82 %) cases. If not, the delayed developments observed seem to be more associated to difficult life start, educational or family contexts. Rare situations that merit mention: a case of placental metastasis of a gastric cancer without fetal involvement and the outcome of four unexpected pregnancies discovered after radiotherapy (breast) and maintenance chemotherapy (acute promyelocytic leukemia) during the first trimester.