L'engagement parental des jeunes pères ouvriers au travers du congé de paternité: expériences, soutiens et difficultés
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- Face aux enjeux liés à l’égalité entre les sexes et au bien-être des enfants, la question de l’engagement des hommes dans la paternité se pose. Le modèle de l’homme « gagne-pain » et de la femme au foyer n’est plus porté institutionnellement. Ce modèle exprime de moins en moins la pratique d’articulation travail-famille au sein des couples. Les femmes souhaitent être reconnues dans leur droit au travail ainsi qu’à l’autonomie financière, et les hommes dans leur droit à être des pères présents auprès de leurs enfants. Dès lors, la reconnaissance légale d’un congé de paternité de dix jours ouvrables en 2001 est par exemple l’expression d’un soutien institutionnel à cette reconfiguration du modèle d’articulation travail-famille. Ce congé est pris par une majorité de pères. Toutefois, une étude récente de la Ligue des familles révèle que les pères du statut ouvrier l’utilisent moins que d’autres catégories. Est-ce la manifestation d’une sous-culture plus traditionnelle ou de contraintes spécifiques ? Dans ce mémoire, nous avons voulu comprendre le rapport des pères ouvriers à leur engagement familial et parental en particulier, en intégrant l’usage ou non qu’ils font du congé de paternité. Pour ce faire, nous avons interrogé douze jeunes pères employés sous le statut d’ouvrier. Les entretiens semi-directifs menés auprès de ces pères révèlent qu’ils valorisent fortement leur engagement dans la parentalité et dans la gestion du foyer selon des conceptions différentes à la fois du degré d’égalité entre les sexes et de la répartition des rôles au sein du couple. Ainsi, nous avons pu reconstruire trois types de conception de la division sexuelle du travail productif et reproductif : la division sexuelle du travail égalitaire par interchangeabilité ou indifférenciation des rôles ; la division sexuelle du travail égalitaire par complémentarité ou différenciation des rôles ; la division sexuelle du travail inégalitaire par différenciation des rôles. Nous avons aussi pu constater que l’aspect financier et la difficulté de concilier le travail avec la famille représente un frein dans un engagement parental accru. Ces résultats questionnent bien entendu les politiques publiques de soutien à la parentalité. Le congé de paternité représente certes une avancée mais reste modeste : il n’est pas utilisé par tous les pères. Le rendre obligatoire est une proposition de la Ligue des familles, notamment pour éviter que les pères soient soumis à des pressions de la part de leur employeur et pour assurer un lien fort entre le père et le nouveau-né dès la naissance. Il s’agit de promouvoir indépendamment du genre et des statuts d’emploi, une plus grande égalité dans la conciliation travail/famille, avec aussi en point de mire de favoriser l’égalité entre les genres et le bien-être de l’enfant, futur citoyen.