La sexualité et ses trajectoires développementales : l’impact de l’abus sexuel durant l’enfance sur les victimes devenues adultes
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- Pour peu que l’on soit touché comme je le suis moi-même, par le charme de l’innocence des enfants, on ne peut qu’être profondément ému par la présence prégnante de l’abus sexuel dans notre société. Il constitue, en effet, un événement fréquent et répandu au point qu’il apparait comme un drame social de première grandeur. Ce qui frappe avant tout, c’est le grand nombre de victimes actuelles ou passées dont l’état psychologique est gravement déséquilibré et très difficile à rétablir. Cet état de fait me touche beaucoup personnellement et je compte me rendre utile dans ce domaine une fois mes études terminées. Même si les victimes sont évidemment la préoccupation prioritaire, on ne peut ignorer le problème du déséquilibre des auteurs et de la grande difficulté à les libérer de leurs désordres, voire à tenter de prévoir et corriger les problèmes sociétaux, familiaux et personnels qui les ont provoqués, notamment par des mesures sociales et de politique d’éducation. L’aide apportée aux auteurs des abus l’est, très généralement, au cours d’une action judiciaire car, d’une part, lorsqu’ils ne sont pas poursuivis, ils sont souvent inconscients de leurs désordres ou lui trouvent des justifications extra punitives. Les actions correctrices sont donc, quasi toujours, de nature coercitive ce qui – outre leur difficulté intrinsèque – en rend l’efficacité douteuse. On sait, en effet, qu’une action psychologique est efficace dans la mesure où ses objectifs sont partagés par le patient. Il est, par ailleurs, remarquable – et sans doute contre-intuitif – que les auteurs s’accordent pour dire que la cause du phénomène (la déviance des auteurs) n’est pas fondé sur un désordre de leur structure psychologique innée mais plutôt le résultat de problèmes et de lacunes dans leur environnement et leur histoire sociale et familiale. Ce qui amène à penser que c’est à ces niveaux qu’il faut intervenir si l’on espère corriger ces désordres en vue de diminuer l’occurrence des abus sexuels. La substance des normes sociales varie au fil de l’histoire et n’est pas identique dans les diverses parties du monde, un large consensus porte cependant à présent sur la nécessité qu’une relation sexuelle soit fondée sur l’ « Accord Éclairé » des participants, ce qui exclut les enfants et les adolescents, « dépendants et immatures » dont on présuppose à raison qu’ils sont, par nature, incapables de cette démarche de consentement. La littérature examinée présente une grande cohérence, je n’ai guère rencontré de visions qui fassent fortement polémique. Une telle unanimité clarifiera la recherche d’approches thérapeutiques fiables suggérées et pratiquées par les psychologues actifs dans le domaine de l’aide aux victimes et aux auteurs d’abus sexuels. En effet, ayant une bonne idée de la nature, des fondements et des causes du cancer social que constitue l’abus sexuel, on est en état de concentrer les énergies en vue de concevoir et d’appliquer les méthodes de prévention et de thérapie à mettre en œuvre. L’étude approfondie des méthodes ainsi élaborées, ainsi que la fréquentation et le partage d’expérience avec les confrères impliqués pourra soutenir efficacement mes propres interventions éventuelles à leur début. En toute hypothèse, une conclusion en termes d’action s’impose à la lecture des mentions linéairement identifiées dans toute la littérature, c’est le fait que le terreau de la multiplication et la prolifération des abus sexuels est constitué par l’omerta sociétale et familiale forçant les victimes et futures victimes à se taire et les empêchant d’éviter ou d’interrompre les abus dont elles sont, ou vont être, l’objet. Je crois dès lors fermement en la nécessité et l’urgence d’un très vaste mouvement d’information et d’opinion qui ouvrirait la voie aux confidences des victimes, se ressentant, par ailleurs, souvent comme coupables elles-mêmes. Il s’agit bien sûr également de contribuer à débloquer l’incapacité des familles à reconnaître et surtout à dénoncer les abus sexuels en leur sein. De la même manière que le mouvement « me too » a largement libéré la parole des femmes victimes de violences et d’abus, ouvrant la voie à la répression des « abuseurs » jusque-là non identifiés et à leur mise hors d’état de nuire, on peut penser que si la société en général et les familles en particulier avaient le courage de dénoncer les abus et tentatives d’abus, on en réduirait considérablement le nombre et les conséquences désastreuses.