Transactions foncières en Casamance, la convoitise vue par le bas. Étude de terrain auprès de communautés confrontées à un projet d’exploitation des sables métallifères et un projet d’aménagement d’une zone touristique intégrée
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- Depuis le début des années 2000, la littérature s’accorde sur la montée de l’accaparement des terres, qui s’est illustrée par une ruée vers les terres des pays les moins avancés. En parallèle, au Sénégal, des politiques, telles que le Plan Sénégal Emergent, sont pensées. L’utilisation des terres et ressources naturelles à des fins d’aménagement et d’exploitation y est mentionnée comme l’une des voies à emprunter vers la résilience économique. Au sud, en Basse Casamance, la gestion des terres et ressources naturelles s’avère être un enjeu d’autant plus crucial. Convoitées pour les activités agricoles, halieutiques, minières, sylvicoles et touristiques, les terres font partie intégrante des valeurs fondamentales des Casamançais, mais aussi de l’histoire de la région étant donné les liens profonds entre la gestion foncière et le conflit casamançais. En parallèle, les terres sont également l’objet de tensions liées à un pluralisme juridique entre le droit foncier positif et les pratiques et normes coutumières. Dans ce contexte particulier, deux projets fonciers en Basse Casamance ont retenu mon attention. L’un concerne l’exploitation des sables métallifères situés le long de la côte et l’autre se rapporte à l’aménagement d’une zone touristique intégrée dans plusieurs villages. Afin de réaliser l’étude de ces transactions foncières, ce travail s’éloigne du schéma d’analyse classique qui définit celles-ci comme source soit de résistance soit d’incorporation homogène des populations, cela afin de mettre en lumière les perceptions et réactions hétérogènes des communautés. Un travail de terrain a été réalisé au mois d’avril 2024, au cours duquel j’ai pu réaliser une vingtaine d’entretiens semi-directifs. Les données discursives récoltées auprès d’élus locaux, d’agriculteurs, de membres des comités de lutte contre les exploitations, de travailleurs dans le secteur touristique, de membres de la mairie locale… ont illustré différentes façons de concevoir le projet. Certaines personnes y sont fermement opposées, d’autres y sont favorables. Si certaines personnes négocient leur adhésion, d’autres se montrent davantage passives. De ces observations, il est ressorti qu’au contact d’une transaction foncière, les rapports de force au sein d’une communauté peuvent être sensiblement transformés. Les discours se polarisent, les groupes d’opinion se dessinent et certains membres, en raison de leur prise de position, sont mis en cause. Inspiré par l’étude des « réactions par le bas » de Hall et al. (2015), ce travail, au travers d’observations et de propos récoltés, tente d’illustrer les transformations des dynamiques sociales induites par les projets fonciers au sein des villages.